Brian Hanley, bricoleur de son propre génome

Un intrépide biologiste américain s’est fait injecter des gènes synthétiques dans l’objectif d’accroître sa longévité. Il est trop tôt pour dire si la manipulation a fonctionné. Mais la thérapie génique a bien du potentiel.

Quand on vous parle d’OGM, ou organisme génétiquement modifié, vous pensez sans doute à quelque maïs ou coton dont le patrimoine génétique a été bricolé pour le rendre résistant à une maladie ou un herbicide. Mais si cet organisme altéré était un être humain?

L’Américain Brian Hanley est un de ces OGM. Ce franc-tireur de la microbiologie s’est récemment inoculé des gènes synthétiques, dans l’espoir de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Une médecine anti-âge extrême dont les effets sont incertains, mais qui préfigure peut-être de nouvelles formes de thérapie génique.

En 2015, puis de nouveau en juin 2016, Brian Hanley s’est rendu dans le cabinet d’un chirurgien esthétique afin de se faire injecter des morceaux circulaires d’ADN, ou plasmides, dans la cuisse gauche. L’application d’un léger courant électrique a permis de faire passer ces plasmides à l’intérieur des cellules musculaires du cobaye.

Jamais essayé chez l’humain

Le rôle des gènes ainsi adjoints au métabolisme de Brian Hanley? Augmenter la fabrication par son corps d’une hormone appelée GHRH. Normalement sécrétée dans le cerveau, elle est parée de diverses vertus, dont celle de renforcer le système immunitaire. La GHRH stimule par ailleurs la synthèse d’une autre hormone, celle de croissance, dont la production diminue avec l’âge et qui favoriserait l’accroissement de la masse musculaire.

Déjà testée sur divers animaux, l’adjonction de gènes de la GHRH n’avait encore jamais été essayée chez l’être humain. Convaincu de son potentiel, Brian Hanley a voulu l’auto-expérimenter. «Je voulais prouver que cela fonctionne, je voulais le faire pour moi-même et je voulais amener du progrès», a expliqué le Californien dans un article paru dans le MIT Technology Review. Titulaire d’un doctorat en microbiologie, il a lui-même conçu une ébauche du plasmide par ordinateur, avant de le faire synthétiser par un laboratoire privé.

La première injection a été suivie de plusieurs semaines d’euphorie

Brian Hanley, auto-expérimentateur

Sur le site de sa micro-compagnie de biotechnologies, Hanley témoigne laconiquement des effets observés sur son corps à la suite des injections. «Testostérone en augmentation de 20%. Apparaît stable. Les lipides se sont améliorés. […] La GHRH montre une expression à long terme.» Autant de constantes corporelles qui ont été documentées par le laboratoire du pionnier de la génétique George Church, à l’Université Harvard.

Toujours sur son site, Brian Hanley note parmi ses «observations secondaires»: «La première injection a été suivie de plusieurs semaines d’euphorie.» Quant aux effets secondaires dont il a fait l’expérience, il signale uniquement une augmentation du nombre de blessures liées au sport. «C’est probablement dû au fait de se sentir en pleine forme», commente-t-il. Difficile pour autant de conclure avec certitude à la réussite de l’entreprise.

Des essais contre le cancer

En raison de son caractère inédit, l’expérience n’était pas exempte de risques, notamment de réaction immunitaire inattendue. Raison pour laquelle ce type de manipulation génétique est normalement soumise à l’approbation des autorités de santé. Mais le biologiste téméraire – voire légèrement timbré – n’a pas jugé utile de faire ce type de demande, estimant qu’il ne mettait personne en danger, à part lui-même.

Pour farfelue qu’elle paraisse, la thérapie utilisée par Brian Hanley s’inscrit dans un domaine de recherche prometteur. La thérapie génique, qui fait l’objet d’expérimentations depuis une trentaine d’années, consiste à adjoindre dans les cellules des patients des gènes capables de contrer certains troubles. Les premiers essais avaient donné lieu à des effets secondaires graves, notamment la survenue de cancer, mais la méthode s’est depuis beaucoup affinée.

Quelques traitements sont d’ores et déjà sur le marché, essentiellement pour soigner des maladies héréditaires rares. Dans les laboratoires, on utilise la thérapie génique pour des indications plus larges, allant du cancer aux pathologies cardiaques en passant par la maladie de Parkinson. Alors, pourquoi pas, un jour, pour contrer le vieillissement?

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Paix et sincérité à tous !

Eveil-delaconscience