L’Europe déçoit sur les perturbateurs endocriniens

La définition retenue par la Commission européenne entrave toute interdiction de ces molécules suspectées d’agir à très faibles doses et en cocktail.

Ils sont suspectés d’altérer la reproduction humaine, de créer des troubles neurologiques et de favoriser le diabète ou les troubles immunitaires. Eux, ce sont les perturbateurs endocriniens : des molécules largement utilisées mais qui n’avaient toujours pas de « définition officielle » au niveau européen. Avec près de trois ans de retard, la Commission a enfin présenté les critères pour les identifier.

Les pesticides figurent parmi les perturbateurs endocriniens potentiels.

Exclusions. Ces critères s’appliquent dans le domaine des produits phytopharmaceutiques (pesticides, fertilisants) et biocides (désinfectants ménagers, produits anti-salissures). Les autres perturbateurs endocriniens, bisphénols A, phtalates, parabens, perfluroés font ou feront l’objet d’autres procédures.

Des critères qui ne satisfont personnes

Problème, ces critères ne satisfont personne hormis la Commission elle-même. En cause : une version restrictive de la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), exigeant des effets avérés sur la santé humaine. En d’autres termes, les études sur l’animal, telles celles qui permettent de classer un produit cancérogène ou d’autoriser un pesticide, ne suffiront pas pour une éventuelle interdiction. « Le niveau de preuve exigé est tel qu’il sera ardu de l’atteindre, quand bien même il existerait des preuves scientifiques de dommages », déplore l’Endocrine Society (18.000 endocrinologues dans 120 pays) qui parle d’un « échec pour la santé publique ». Et les industriels ne sont pas satisfaits non plus car la Commission « n’a pas retenu le critère de puissance, pour distinguer entre les substances dont les effets peuvent être observés à très faible concentration, et celles dont les impacts ne se réaliseront pas compte tenu des niveaux d’exposition », selon l’Union des industries chimiques. Or les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’agir à très faibles doses et en cocktail et dans des fenêtres de temps particulières de la vie.

La notion de risque et non plus de danger

De son côté, l’ONG Générations Futures estime qu' »en s’appuyant sur la notion de risque et non plus de danger et en évacuant le principe de précaution, la Commission Européenne a tordu la loi de 2009 sur les pesticides ». Pas sûr que le Parlement ni les Etats Membres, qui doivent encore adopter ces textes apprécient cette entorse à la loi qu’ils avaient voté.  La France et la Suède, notamment, continueront à se battre pour voir classer les perturbateurs endocriniens selon un régime calqué sur celui des cancérogènes (certains, probables, possibles). Les critères proposés par la Commission européenne ont d’ailleurs été jugés décevants par la ministre de l’Environnement Ségolène Royal qui lui a aussitôt demandé de « revoir son projet (…) en vue de mieux protéger la santé et l’environnement des citoyens européens ». La ministre a par ailleurs saisi en urgence l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour avis. Notons que les critères retenus par la Commission Européenne seront soumis à consultation publique. Il n’est pas certain que le Parlement et les États membres adoptent ces textes en l’état.

« Les citoyens ne seront pas protégés » -Joëlle Rüegg, chercheuse au Centre suédois d’études toxicologiques

 » La Commission européenne se focalise sur la santé humaine, sans égard pour l’effet des produits chimiques sur la vie sauvage. En réintroduisant la notion de risques, et non plus celle de danger, elle exige de nouvelles études parce que les données viennent principalement du monde animal. Or il est inenvisageable, pour des raisons éthiques et sanitaires, de mener des essais sur l’homme, encore moins la femme enceinte [les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’agir sur le foetus]. Par ailleurs, démontrer les liens entre un mode d’action et un effet indésirable peut prendre des années. Les études d’épidémiologie environnementale sont très longues et souvent contradictoires et elles ne permettent pas de faire des liens de cause à effet. En l’état, les niveaux de preuve demandés ne permettent pas de protéger les citoyens. « 

Partagez ce savoir à vos proches en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Paix et sincérité à tous.

Eveil-delaconscience