L’Ordre de la rose-croix : Société secrète de L’Ordre hermétiste chrétien

La Rose-Croix

est un ordre hermétiste chrétien légendaire dont les premières mentions remontent au début du XVIIe siècle en Allemagne. L’existence de l’ordre, et celle de son fondateur Christian Rosenkreutz, sont sujet a controverse.

Quoi qu’il en soit, à partir du XVIIIe siècle et jusqu’à aujourd’hui, de nombreux mouvements se sont réclamés de l’ordre de la Rose-Croix, ou se sont référés à la « tradition rosicrucienne » ou à l’« héritage de Christian Rose-Croix ». Leurs membres sont appelés les rosicruciens. Le terme « Rose-Croix » désigne, dans leur langage, un état de perfection spirituelle et morale.

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Comme archétype de société secrète, immémoriale et toute-puissante, les rose-croix apparaissent dans la littérature ésotérisante, souvent comme successeurs des chevaliers du Graal et des Templiers.

Les mouvements rosicruciens sont mentionnés de nombreuses fois dans les rapports de commission parlementaire sur les sectes en France.

Les « manifestes rose-croix », la Fama Fraternitatis et la Confessio Fraternitatis, furent publiés en Allemagne en 1614 et en 1615 et firent pour la première fois mention de cette fraternité en une période de tensions politiques et religieuses, et d’avancées scientifiques. On leur associe généralement un autre texte : Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz publié en 1616.

La Fama Fraternitatis (1614)

En 1614 paraît à Cassel, à l’imprimerie de Wilhelm Wessel, un document anonyme en allemand : Réforme générale et universelle du monde entier. Contenant la Fama Fraternitatis de l’illustre Ordre de la Rose-Croix […].

Cette « réforme générale » est un récit satirique sur les projets de réforme qui fleurissaient à l’époque. En appendice, on trouve un « manifeste » : la Fama Fraternitatis ou Fraternité de l’illustre ordre de la R.C.

Le nom du fondateur (C.R.C.), ainsi que ceux des membres de la fraternité ne sont mentionnés que par leurs initiales.

La Fama Fraternitatis narre la vie du fondateur mythique de l’ordre. Allemand, orphelin d’une famille noble mais désargentée, il est élevé et éduqué dans un couvent. Un périple entrepris autour de la Méditerranée lui permet d’acquérir les sagesses et les connaissances de l’Orient et de les confronter à celles de l’Occident.

À son retour, il s’entretient avec les savants d’Europe « leur montrant les erreurs de nos Arts, comment les corriger, d’où l’on pourrait tirer des indices certains sur les siècles suivants et en quoi ils devaient concorder avec les siècles passés ; aussi comment réformer les défauts de l’Église et toute la philosophie morale ».

Mais ces derniers, se voyant contraints de se remettre en question et craignant que leur réputation n’en souffre, le rejettent.

Il fonde alors en Allemagne un cloître appelé « maison du Saint-Esprit », afin d’y rassembler et conserver ses connaissances, et invite, afin de les consigner, trois de ses anciens condisciples qui lui jurent fidélité et silence :

« Ainsi commença la Fraternité de la Rose-Croix, avec quatre personnes seulement ». L’ordre se donne une règle, et se disperse à travers le monde.

L’histoire relate que 120 ans après la mort du fondateur de l’ordre, les Frères de la troisième génération, refaisant en « bons architectes » la maçonnerie de leur « maison », redécouvrent son tombeau. L’inscription « Post 120 annos patebo » (« après 120 ans, je m’ouvrirai ») indique que cette découverte apparemment fortuite avait été prévue.

Dans ce « temple-tombe », illuminé « par un autre soleil », se trouve le corps intact de C. R.C. tenant dans ses mains un petit livre d’or, intitulé Livre T.. L’autel circulaire est entouré de formules de sagesse et d’axiomes comme « Nequaquam vacuum (« nulle part n’est le vide » en latin) ».

Les frères décident alors de révéler au monde cette sagesse chrétienne censée réconcilier les connaissances du passé et celles de l’avenir, et proposer une réforme universelle des sciences, de l’art et de la religion. Ils expliqueront les 37 raisons de cette décision dans une Confessio, et promettent plus d’or « que le roi d’Espagne n’en peut rapporter des deux Indes ». La Fama Fraternitatis, qui devait être écrite en cinq langues, invite les sages, savants et chefs de l’Europe intéressés par cette offre à se faire connaître de quelque manière « et en quelque langue que ce soit ».

La Fama s’achève par la phrase : « Sub umbra alarum tuarum Jehova » (À l’ombre de tes ailes Jéhovah).

L’ouvrage se termine par la Courte réponse faite par Adam Haselmayer qui, pour cela, a été arrêté et emprisonné par les Jésuites et mis aux fers sur les galères.

Bien que la Fama fût en général publiée seule par la suite, l’ensemble de l’ouvrage original (Reformatio, Fama et la Réponse de Haselmayer) forme un tout, dont le sens général est que la vraie réforme ne peut se faire de l’extérieur comme le promouvaient penseurs et législateurs, mais qu’elle doit être intérieure, spirituelle et mystique.

Controverses sur l’existence et l’origine de l’Ordre :

Il n’existe aucune preuve historique de l’existence d’un Ordre de la Rose-Croix avant ou au moment de la parution des manifestes, au début du XVIIe siècle ; Les mouvements qui se sont par la suite baptisés « Rose-Croix » n’ont pas le moindre lien de filiation directe avec le groupe des auteurs des manifestes (le cénacle de Tübingen). La société rosicrucienne AMORC (fondée en 1917) est la seule à avoir revendiqué le titre d’Ordre « authentique » de la Rose-Croix.

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Les opinions sur l’existence et l’origine de l’ordre peuvent schématiquement être classées en quatre catégories différentes :

Pour les universitaires Yates, Arnold, Edighoffer, Faivre (« Bien que, de 1615 à l’époque actuelle, quantité de faussaires n’aient cessé de brouiller les pistes, on peut affirmer qu’entre 1614 et 1620 il n’existe pas de « Fraternité Rose-Croix », à moins d’entendre par là qu’une amitié spirituelle rapprochait les amis du cénacle »)

Christian Rosenkreutz et l’ordre de la Rose-Croix sont des fictions inventées par les auteurs des manifestes, et ces textes relevaient à l’origine du « ludibrium » (c’est-à-dire du « jeu », de la « plaisanterie ») ésotérique d’un jeune luthérien malicieux et cultivé, Johann Valentin Andreae.

Les manifestes de la Rose-Croix ne seraient pas une preuve de son existence mais seulement la narration de son mythe. Ils auraient pris rapidement une dimension polémique dans l’âpre contexte de la Réforme. Les affiches parues à Paris en 1623 (voir ci-dessous) ne seraient quant à elles qu’un canular.

Les idées développées dans les manifestes n’ayant rien de particulièrement original ni de spécifique, leur succès non démenti tient à leur qualité littéraire, à leur parfum de secret et de mystère, et à l’association, puissamment évocatrice dans la culture occidentale, des noms et symboles de la rose et de la croix.

Ceux qui, tout en croyant à l’existence d’une fraternité de la « Rose-Croix », estiment que les détails historiques fournis dans les manifestes sont à prendre au moins en partie dans un sens symbolique.

L’ordre aurait été constitué du regroupement d’esprits brillants autour de Johann Valentin Andreae. La Rose-Croix exprimerait les aspirations spirituelles et profondes qui imprègnent encore aujourd’hui l’imaginaire de l’Occident.

D’autres tenants de l’interprétation symbolique des manifestes croient à une existence ancienne voire antique de l’ordre.

C’est ainsi que plusieurs auteurs rosicruciens du XXe siècle, parmi lesquels Harvey Spencer Lewis, le fondateur de l’AMORC, s’autorisant principalement d’« archives secrètes » ou d’« archives akhashiques » consultables uniquement au moyen de différentes techniques de méditation, ont affirmé que l’ordre de la Rose-Croix avait une origine égyptienne, voire atlante.

Certains enfin ont réinterrogé avec Serge Hutin le concept d’ordre initiatique en y voyant un courant de pensée – organisé par des principes et fondé sur la reconnaissance tacite entre ses contributeurs de leurs autorités morales respectives – plutôt qu’une organisation secrète hiérarchisée de manière formelle.

En juin ou juillet 1623 ,

alors qu’en Allemagne les polémiques s’éteignent peu à peu devant le silence des rose-croix et face aux débuts de la guerre de Trente Ans (1618-1648), des affiches reprenant l’appel des manifestes sont placardées dans tout Paris. Les auteurs de ces affiches sont restés longtemps inconnus, mais selon un témoignage de Nicolas Chorier découvert en 1971, il s’agirait d’un canular lancé par un jeune étudiant en médecine, Étienne Chaume, avec quelques amis.

Il existe plusieurs versions du texte de ces affiches, et il semble qu’en fait plusieurs textes aient été affichés simultanément.

« Nous Députés du Collège principal des Frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne le cœur des Justes. Nous montrons et enseignons à parler sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur et de mort. »

Cette première affiche est rapidement suivie par une seconde :

« S’il prend envie à quelqu’un de nous voir par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec nous ; mais si la volonté le porte réellement et de fait de s’inscrire sur le Registre de notre Confraternité, nous qui jugeons des pensées, lui ferons voir la vérité de nos promesses ; tellement, que nous ne mettons point le lieu de notre demeure, puisque les pensées jointes à la volonté réelle du Lecteur, seront capables de nous faire connaître à lui et lui à nous. »

Leur texte est reproduit dans un ouvrage publié la même année par Gabriel Naudé, qui mena une enquête : Instruction à la France sur la Vérité de l’Histoire des Frères de la Rose-Croix où l’auteur expose la légende de Christian Rosenkreutz et ironise sur la prétention des frères de la Rose-Croix de réformer le monde.

Il voit en eux des êtres acharnés à détruire la religion catholique et le pouvoir royal. La réaction française, à la différence de l’accueil anglais et allemand fut extrêmement négative et pour tout dire, les textes et proclamations rosicruciennes y provoquèrent la panique. L’avis général fut que les rosicruciens pratiquaient la magie noire et que ces « invisibles » étaient donc des sorciers. Les idées rosicruciennes y furent perçues comme des idées d’agents de l’étranger, principalement de l’Angleterre, Robert Fludd en étant la figure emblématique.

Dépassé par l’ampleur des réactions et des polémiques, Chaume s’enfuit de Paris pour faire ses études à Montpellier.

Cyrano de Bergerac (1619-1655), dans son Histoire comique des états et empires du soleil, en parle comme d’« une certaine cabale de jeunes gens que le vulgaire a connus sous le nom de « Chevaliers de la Rose-Croix » »

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Sociétés rosicruciennes et rosicrucianisme au XVIIIe siècle :

Après un oubli relatif pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, une nouvelle efflorescence rosicrucienne apparaît au XVIIIe siècle. Parallèlement à l’essor de la franc-maçonnerie, différents mouvements et groupements rosicruciens se forment, touchant les sphères aisées de la société.

Les plus importants de ces groupements furent les différents groupes dénommés « Rose-Croix d’or » et celui de la « Rose-Croix d’or d’ancien système » (ces organisations n’ont pas de lien historique avec le Lectorium Rosicrucianum contemporain, dont il est question plus loin, hormis une prétention alchimique commune).

L’Ordre de la Rose-Croix d’Or (1710)

En 1710, parut à Breslau et en allemand, sous le nom de Sincerus Renatus (pseudonyme du prédicateur silésien Samuel Richter) : La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale par la Fraternité de l’Ordre de la Rose-Croix d’Or . Ce texte, qui est essentiellement un traité d’alchimie, se termine par l’énumération des cinquante-deux règles de l’ordre (instituant comme chef suprême le grade d’« Imperator » qui sera repris plus tard).

L’ordre décrit par Richter ne semble pas avoir existé, mais divers conventicules, de doctrine plutôt floue et reliés entre eux de façon assez lâche, prirent le nom de Rose-Croix d’or et se développèrent en Allemagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie, aux Pays-Bas et jusqu’en Russie. C’est au sein de ces groupements que serait née vers 1750 la théorie de la filiation templière de la franc-maçonnerie, avec pour intermédiaires les rose-croix.

Cette théorie se développa ensuite au sein de la branche dite rectifiée de la franc-maçonnerie, avant d’être démentie par le convent de Wilhelmsbad en 1782. Toutefois, cette mise au point ferme sur le plan historique n’empêcha pas une partie du symbolisme alchimique et chevaleresque introduit dans les hauts grades maçonniques à cette occasion d’y demeurer par la suite.

Les Figures secrètes de la Rose-Croix des XVIe et XVIIe siècle , imprimées en deux parties, en 1785 puis en 1788, à Altona près de Hambourg, constitueraient le « testament spirituel » des rose-croix d’or. Elles comportent entre autres 36 planches d’images et de symboles alchimiques, théosophiques et hermétiques. L’auteur en est inconnu. On y distingue l’inspiration de Valentin Weigel, Heinrich Khunrath et Jacob Boehme, précurseurs des pensées rosicruciennes et théosophiques .

L’Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système (1777)

En 1777, un officier prussien, Johann Rudolf von Bischoffswerde, et un ancien pasteur, Jean Christophe Wöllner, fondent à Berlin l’« Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système » à partir de la loge maçonnique des Trois Globes. Ils font remonter la généalogie des rose-croix, non au fondateur supposé Christian Rosenkreutz, mais à « Adam lui-même ».

Cette sapience divine aurait ensuite été conservée et transmise par les patriarches bibliques, les sectes à mystères, les pythagoriciens et les druides. L’ordre lui-même aurait été fondé par Ormus, un prêtre d’Alexandrie baptisé par saint Marc. Il se serait perpétué en Palestine jusqu’à l’époque des croisades, où il se serait transporté en Europe. La Rose-Croix d’or d’ancien système eut un succès certain et compta, dès 1779, 26 cercles et 200 membres en Allemagne.

Les deux fondateurs, grâce à diverses mystifications teintées d’occultisme, parvinrent à s’attirer les bonnes grâces des hautes sphères politiques. Ils furent ainsi nommés ministres en 1786 et suspendirent alors les activités de l’ordre qui devenait suspect et comptait alors plusieurs milliers de membres .

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La symbolique rosicrucienne dans les milieux maçonniques :

Le premier document connu rapprochant la rose-croix et la franc-maçonnerie date de 1638 à Édimbourg. Il s’agit d’un bref extrait du poème de Henry Adamson La Thrène des muses :

For what we do presage is not in grosse,For we be brethren of the Rosie Crosse:

We have the Mason word and second sight, Things for to come we can foretell aright. »

Il est possible que des personnes sensibles aux idéaux de l’utopie rosicrucienne se soient affiliées aux loges maçonniques du XVIIe siècle en Angleterre et en Écosse.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le mot « rose-croix » fait beaucoup plus référence à un état d’ultime sagesse et de complète réalisation qu’à une organisation : on dit à l’époque « un rose-croix » pour désigner un de ces supposés initiés ultimes et « l’ordre des Rose-Croix » pour parler de leur organisation.

C’est dans cette acception qu’apparaît en franc-maçonnerie, vers 1760, le grade dénommé « chevalier rose-croix ». Il devient un temps le grade terminal du Rite du royal Secret avant de devenir, en 1801, le 18e grade du rite écossais ancien et accepté. Le « bijou » traditionnel de ce grade est un compas orné d’une rose-croix et d’un pélican qui nourrit ses petits avec son propre sang.

Dans certains autres de ces rituels maçonniques, on trouve des développements ésotériques du mythe de la construction du temple de Salomon qui rappellent la symbolique du temple-tombe de Christian Rose-Croix, « image et abrégé de l’Univers ».

À l’inverse, on trouvera, dans les rituels de nombreux groupes rosicruciens contemporains ou fondés au XIXe siècle, des emprunts à des rituels maçonniques attestés dès la fin du XVIIIe siècle. Ces influences mutuelles s’expliquent aisément par le fait qu’à l’instar de Papus, Lewis, Hutin et bien d’autres, les auteurs rosicruciens des XIXe siècle et XXe siècles seront très souvent également francs-maçons.

À la même époque, Martines de Pasqually fonde un « ordre des Chevaliers élus Cohen » au sein duquel il enseigne sa doctrine, proche de l’hermétisme chrétien (comme celle des rose-croix) et dont les membres les plus avancés pratiquent la théurgie et portent le titre de « réaux-croix ».

Le mot « réaux-croix » semble avoir été inventé par Pasqually, par analogie avec rose-croix, tout en s’en distinguant, réau signifiant le « grand Adam » et « puissant prêtre ».

Ses successeurs Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin (« le philosophe inconnu ») mirent l’ordre en sommeil après la mort de Pasqually en 1774, mais sa doctrine inspira en partie Willermoz dans sa contribution à la rédaction des derniers hauts grades maçonniques du rite écossais rectifié à l’occasion du « convent des Gaules » en 1778.

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En 1798, l’abbé Augustin Barruel publie ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme dans lesquelles il accuse les Illuminés de Bavière (fondés en 1776, interdits en 1784 et éteints en 1790) d’être à l’origine d’un complot mondial qui aurait été la véritable cause de la chute de la monarchie en France.

Bien que réfutée depuis longtemps par la plupart des historiens, cette théorie du complot et ses dérivées ont encore aujourd’hui un certain nombre de partisans qui estiment que les rose-croix faisaient eux aussi partie de ce supposé complot.

Quoique les idées des « illuminés » de Bavière, branche radicale des Lumières, semblent incompatibles avec la doctrine mystique « illuministe » des rose-croix et des rosicruciens, la confusion lexicale fut et reste fréquente.

Les rose-croix dans l’art et la littérature au XVIIIe siècle :

Les proches des rosicruciens contemporains voient de fréquents symboles rosicruciens dans l’art et la littérature des XVIIe et XVIIIe siècles. Certaines de ces influences sont avérées, d’autres sont plus discutables. Les symboles utilisés par les rosicruciens sont comparables à ceux utilisés par d’autres mouvements férus d’ésotérisme et d’alchimie déjà existants.

Les manuels initiatiques des rose-croix d’or et le texte des Noces Chymiques marquèrent une partie de l’œuvre de Gœthe, notamment dans Les Mystères, le Conte et le second Faust . Dans son poème inachevé Les Mystères (1784-1786) on trouve notamment la phrase : « Qui donc a marié les Roses à la Croix ? ».

Pour les rosicruciens, l’opéra La Flûte enchantée de Mozart constituait une allusion à peine voilée aux rites initiatiques supposés de la Rose-Croix, notamment pour ce qui concerne les épreuves du feu et de l’eau que traversent les deux héros à la fin de l’opéra.

Il est néanmoins communément admis que, Mozart et Emanuel Schikaneder – son librettiste – étant tous deux francs-maçons, cette œuvre adopte une symbolique maçonnique .

Sociétés rosicruciennes et rosicrucianisme aux XIXe, XXe et XXIe siècles :

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Entre les milieux du XIXe et du XXe apparaissent, dans divers pays, des groupements se réclamant de la Rose-Croix mais de doctrines divergentes . Au XIXe siècle ils versent de plus en plus dans l’occulte et dans la magie, avec une diversité de grades, de structures hiérarchiques d’origines mystérieuses et de titres impressionnants.

La plupart de ces sociétés étaient considérablement influencées par la forte personnalité de leurs guides et fondateurs.

Plusieurs figures importantes de l’ésotérisme occidental du XIXe siècle écrivirent sur la Rose-Croix et le personnage de Christian Rose-Croix, : Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la Société théosophique ; Rudolf Steiner, d’abord secrétaire général de la Société théosophique en Allemagne, puis fondateur de la Société anthroposophique, qui y consacra de nombreux ouvrages ; enfin René Guénon.

Le peintre français Yves Klein, (1928-1962), qui avait découvert le rosicrucianisme dans le livre de Max Heindel, La Cosmogonie des Rose Croix, s’était inscrit tout jeune à la Rosicrucian Fellowship de Californie avec son ami le sculpteur Arman. L’influence de cette fréquentation qui n’a pas duré très longtemps est toutefois perceptible dans l’œuvre de Klein

Aujourd’hui encore, au début du XXIe siècle, un certain nombre de mouvements actifs et parfois internationaux, se réclament de l’héritage rosicrucien. Les principaux sont, par ordre alphabétique : l’AMORC, le Lectorium Rosicrucianum, La Rosicrucian Fellowship, la Societas Rosicruciana in Anglia (voir ci-dessous pour l’historique ou les articles dédiés pour plus de détails).

L’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix (1888)

Portrait de Peladan Alexandre Séon, 1892

Fondé en 1888, en France, par Stanislas de Guaita et Joséphin Peladan, l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix a compté, parmi ses membres Papus, Erik Satie (qui composa pour l’ordre les Sonneries de la Rose-Croix) ou Paul Sédir. L’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix enseignait la Kabbale et l’occultisme au sein d’une université libre. L’ordre décernait des grades de « bachelier en kabbale »,

« licencié en kabbale » et « docteur » au cours d’examens écrits et oraux. Selon Jean-François Bayard, le but en était « de mener simultanément une action occulte en vue de préserver la civilisation judéo-chrétienne et une action diffusante au cœur d’un public de profanes mais curieux de sciences occultes ».

L’épisode de la guerre « occulte » de ces rosicruciens avec le moine défroqué Joseph-Antoine Boullan, mage noir réputé et exorciste, a alimenté les chroniques mondaines de l’époque et fut l’occasion de proclamations et d’anathèmes jetés par journaux interposés.

Prétextant un refus de la magie opérative, Péladan se sépare du groupe en 1891 pour fonder l’Ordre de la Rose-Croix catholique et esthétique du Temple et du Graal. Cet ordre sera à l’origine des « Salons de la Rose-Croix » qui connurent une grande fréquentation. Entre mai 1890 et mars 1893 éclata « la guerre des deux roses ». Il s’agit de l’opposition entre Stanislas de Guaita, fondateur de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, et de son ancien ami Joséphin Péladan, fondateur de l’Ordre de la Rose+Croix Catholique du Temple et du Graal.

De 1920 à 1942 Pierre Piobb réserve son enseignement à un petit nombre d’élus mais refuse de fonder un ordre.

L’Ordo Templi Orientis ( O.T.O 1902)

L’Ordo Templi Orientis, parfois noté OTO, était une société secrète allemande. Elle fut fondée par le franc-maçon viennois Karl Kellner. Après sa mort, Theodor Reuss, par ailleurs membre de la SRIA, en prit la direction. Dans son contenu, l’OTO mêlait des influences de soufisme et de tantrisme. Les rites étaient ceux de Memphis Misraïm. Selon Reuss, l’ordre avait ses racines dans la Rose-Croix mais son origine dans l’Ordre du Temple.

Aleister Crowley en 1900

La Rosicrucian Fellowship (1909)

Article détaillé : Rosicrucian Fellowship.

Entre 1909 et 1911, aux États-Unis, Max Heindel pose les bases de la Rosicrucian Fellowship (« Association rosicrucienne »). L’ouvrage de référence de cette association est la cosmogonie des Rose-Croix, portant sur le mystère du Monde.

Max Heindel a fondé son mouvement après un voyage en Allemagne pour rencontrer Rudolf Steiner. D’après Max Heindel, il aurait rencontré sur le bateau le ramenant en Amérique ce qu’il appela un « Frère Âiné de la Rose-Croix », lequel lui aurait proposé de révéler publiquement et gratuitement leurs enseignements.

Controverses sur les dérives sectaires de certaines associations rosicruciennes :

Plusieurs organisations se réclamant de la Rose-Croix ont été suspectées de dérives sectaires par les autorités françaises.

L’Alliance Rose-Croix, le Lectorium Rosicrucianum et l’AMORC sont mentionnées, à divers titres, dans les rapports de la commission parlementaire sur les sectes en France de 1995 (rapport général) et de 1999 (les sectes et l’argent.)

Rosicrucien ou Rose-Croix, quelle est la différence ?

Pour les rosicruciens contemporains, l’état de « Rose-Croix » désignerait celui qui a atteint l’état ultime de perfection spirituelle et morale(parfois appelé état « christique »), tandis que rosicrucien désigne l’initié qui cherche à atteindre l’état d’illumination du « Rose-Croix ».

D’après ces mêmes rosicruciens, la réponse à la question de la nature de la véritable Rose-Croix ne peut provenir que de l’expérience intérieure de chacun.
Selon Max Heindel : « les Frères de la Rose-Croix sont parmi ces âmes miséricordieuses et ce n’est rien de moins qu’un sacrilège que de trainer ce nom de Rose-Croix en l’appliquant à nous-mêmes, alors que nous ne faisons qu’étudier leurs sublimes enseignements. »

Selon Jan van Rijckenborgh, la Rose Croix est issue « de la hiérarchie de Christ (Logos) [et] les membres de cette Fraternité de la Rose-Croix agissent et se font connaître de manière anonyme. »

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L’universitaire Umberto Eco remarque que, pour les rosicruciens, se déclarer Rose-Croix est la preuve qu’on ne l’est pas, et que cela rend, par définition, l’inexistence de la Rose-Croix indémontrable.

René Guénon, reprenant les travaux de Luigi Valli écrit pour sa part, que, au pays de Dante et de ses contemporains, tous ces poètes étaient membres d’une organisation à caractère secret appelée « Fidèles d’Amour », et que certaines personnalités inconnues se trouvaient derrière ces organisations et les inspiraient. Ces personnalités inconnues se faisaient appeler « Frères de la Rose-Croix », nom désignant une collectivité d’un caractère bien différent et plus secret que celles qui apparurent à partir du XVIIe siècle.

Toujours selon René Guénon, les membres de cette société « ne possédaient point […] de règles écrites et ne constituaient point une société, ils n’avaient pas non plus de réunions déterminées […] », et tout ce qu’on peut en dire est qu’ils avaient atteint un certain « état spirituel » qui autorise René Guénon à les appeler « soufis européens » ou tout au moins « mutaçawwufîn parvenus à un haut degré dans cette hiérarchie », et il écrit aussi que ces « Frères de la Rose-Croix » se servaient comme « couverture » des corporations de constructeurs et qu’il « enseignaient l’alchimie et d’autres sciences identiques à celles qui étaient alors en pleine floraison dans le monde de l’Islam ».

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Sur l’origine du terme « Rose Croix », Guénon défend l’idée selon laquelle ce terme désignerait non pas un ordre défini, mais avant tout la réalisation d’un certain degré initiatique particulier, à savoir l’accès à « ce qu’on peut appeler la perfection de l’état humain ». Il écrit également que le terme de « Rose-Croix » désigne aussi des initiés à l’ésotérisme chrétien qui auraient entrepris de se réorganiser, « d’accord en cela avec les initiés à l’ésotérisme islamique »,

Après la destruction de l’Ordre du Temple. Ils n’auraient « jamais constitué une organisation avec des formes définies », et auraient quitté l’Europe au XVIIe siècle, à la suite de la conclusion du Traité de Westphalie. Le terme de rosicrucien serait appliqué à « tout aspirant à l’état de Rose-Croix, à quelque degré qu’il soit parvenu effectivement », à la condition qu’il ait intégré une organisation authentiquement initiatique. René Guénon se démarquait d’ailleurs de toutes les sociétés rosicruciennes existant en 1946.

Rose-Croix et alchimie :

Alchimiste de la cathédrale de Metz

Les manifestes Rose-Croix sont marqués par la pensée alchimique, fort en vogue à l’époque, avec notamment des références explicites à Paracelse.

On y trouve notamment la critique, très courante dans les textes alchimiques, des « souffleurs », c’est-à-dire des « faiseurs d’or », par opposition à la « véritable » alchimie, dont le but serait de comprendre les lois de la Nature pour l’aider à se parfaire, tout en se transformant soi-même.

Les premiers rosicruciens ou principaux partisans des Rose-Croix (Maier, Fludd, Schweighardt, etc.) étaient pour la plupart des alchimistes, dans tous les sens du terme.

Les rosicruciens d’aujourd’hui se consacrent avant tout à une l’alchimie dite « spirituelle », en s’inspirant tout particulièrement des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz.

Pour cette « alchimie spirituelle », la materia prima est l’âme humaine et l’athanor est constitué par le corps physique et les corps subtils qui maintiennent ce dernier en vie et assurent le lien avec l’âme, étincelle divine.

Le laboratoire en est l’existence humaine au cours de laquelle l’âme a la possibilité d’accomplir son apprentissage pour se parfaire, opérant la transmutation du vil métal de ses vices et de ses défauts en or spirituel, autrement dit en les vertus et qualités correspondantes.

« Le Livre Muet », planches alchimiques sans texte, vers 1678 ou 1679

Cette alchimie ne se réduit cependant pas à une transformation de la personnalité de l’Homme. Elle met en évidence les rapports existant entre Dieu, l’Homme et la Nature.

La connaissance du « Livre de la Nature » s’oppose à la conception matérialiste d’un « univers-machine » composé uniquement d’atomes. Ainsi pour naître à l’harmonie entre l’Homme et l’Univers, la philosophie rosicrucienne étudie les relations entre le ciel et la terre.

Elle fait de l’homme un microcosme image et l’abrégé de l’Univers, ou macrocosme. La rencontre entre ces deux dimensions symbolisée par la croix ayant la rose en son centre est le lieu de l’alchimie, l’athanor.

Le symbolisme de la rose et de la croix :

Rose-croix brodée sur une nappe d’autel

Ce symbole classique au XVIIe siècle a été repris par l’AMORC sous forme d’une croix en or trilobée ayant en son centre une seule rose rouge : la croix représenterait le corps physique, et la rose l’âme en voie d’évolution, comme la fleur s’ouvre lentement à la lumière. Il désignerait symboliquement un état spirituel à atteindre, et l’aboutissement de la quête d’une connaissance d’ordre cosmologique en rapport avec l’hermétisme chrétien.

Cette vision toute moderne du symbole de l’ordre ne saurait en limiter la signification. À ce titre, il est intéressant de rappeler que, d’après Robert Fludd[réf. nécessaire], le symbole de l’ordre serait une rose rouge sur une croix rouge (Summum Bonum, 1629).

S’inscrivant dans la lignée des manifestes rosicruciens du XVIIe siècle, Robert Fludd situe cette symbolique dans le christianisme en ajoutant que « les Rose-Croix s’appellent frères parce qu’ils sont tous fils de Dieu et que la rose est le sang du Christ, que, sans la croix interne et mystique, il n’y a ni abnégation, ni illumination ».

Les sociétés rosicruciennes passées et présentes ont décliné le symbolisme de la rose et de la croix de diverses manières : l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Stanislas de Guaita et Joséphin Peladan avait pour symbole une croix inspirée de la Croix de Malte ornée d’un pentagramme et de quatre roses, la Rosicrucian Fellowship a pour symbole une croix ornée d’une couronne de roses, etc.

L’École de la Rose-Croix d’Or désigne la rose épanouie comme étant le symbole de la perfection divine de l’âme, matérialisée par l’or. La croix d’or représente le corps de l’homme transfiguré. Cette école évoque un chemin, vécu à travers trois roses, soit trois phases de transformation :

la rose blanche représente la purification ;

  • la rose rouge évoque le sang de l’amour répandu pour tous, par le service à autrui ;
  • la rose d’or est l’accomplissement, la réintégration du corps, de l’étincelle divine (l’âme) et de l’esprit dans l’harmonie originelle divine.

Personnages célèbres :

L’appartenance de certaines personnalités aux organisations rosicruciennes du XVIIIe siècle a parfois été évoquée.

Influencé par les idées de Josef Hoëné-Wronski, l’occultiste Éliphas Lévi a prétendu que Napoléon Bonaparte était rosicrucien, et avait reçu pour mission d’unifier l’Europe. D’autres auteurs, tels Papus ou Harvey Spencer Lewis ont aussi soutenu cette idée.

220px-Eliphas_Levi_1874 Josef Hoëné-Wronski

220px-Napoleon_in_His_Study Napoléon Bonaparte

220px-Jozef_Maria_Hoëné-Wronski--Laurent-Charles_Maréchal_mg_9487 Éliphas Lévi

Le signe secret en Version Française :

Les Rose-Croix, reportage ( 10mn )

Ordre de la Rose-Croix – doc ( 50mn )

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Paix et sincérité à tous !

Eveil-delaconscience